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Édition n° 100

Missions

Mesure de tension en officine : une compétence reconnue, mais un modèle économique à construire

La loi Neuder inscrit le dépistage de l’hypertension par les pharmaciens dans le Code de la santé publique. Une victoire symbolique, mais sans rémunération, le risque est de travailler à perte.

Pharwiz Flash 2 min de lecture

Une compétence sans tarif, est-ce vraiment une avancée ?

La loi Neuder vient d’inscrire dans le Code de la santé publique le rôle des pharmaciens d’officine dans le dépistage de l’hypertension artérielle. La reconnaissance légale est réelle. Mais une question s’impose : à quoi sert une mission si elle n’est pas financée ?

Car la rémunération associée reste à négocier. Et l’histoire récente des nouvelles missions doit inciter à la prudence. Une compétence reconnue mais non tarifée devient vite une charge de travail supplémentaire non compensée, absorbée par l’équipe au détriment de la dispensation.

Déconstruire l’idée reçue : "chaque nouvelle mission enrichit l’officine"

Sur le terrain, la réalité est plus nuancée. Une mission de santé publique n’est rentable que si trois conditions sont réunies :

  • Un acte valorisé à un tarif couvrant le temps mobilisé
  • Un temps mesuré : une mesure de tension bien menée immobilise un membre de l’équipe plusieurs minutes
  • Un flux suffisant pour amortir l’organisation mise en place

Sans tarif défini, la mesure de tension entre dans la catégorie des services gratuits qui fidélisent le patient sans générer de marge directe. Utile pour l’image, neutre voire négatif pour le compte de résultat.

Le précédent existe : plusieurs missions déployées ces dernières années ont d’abord été lancées sans cadre tarifaire stable, obligeant les titulaires à avancer sur leur propre temps.

La stratégie recommandée : cadrer avant de déployer

Déployer une mission par enthousiasme est une erreur classique. La bonne démarche consiste à piloter chaque nouvelle activité comme un centre de coût, dès son lancement.

Réflexe à éviter Approche recommandée
Lancer dès la reconnaissance légale Attendre le cadre tarifaire officiel
Estimer le temps "au feeling" Chronométrer un acte type
Ne pas suivre le volume Compter les actes chaque mois

Concrètement, il convient de :

  1. Attendre la négociation conventionnelle avant tout déploiement massif, tout en se préparant en amont
  2. Chiffrer le coût réel d’un acte : temps équipe multiplié par le coût horaire chargé
  3. Suivre le volume et la valorisation dès les premières semaines, pour arbitrer entre développement et arrêt

La reconnaissance de la mesure de tension est une victoire. Mais une victoire réglementaire ne se transforme en gain économique que si le pilotage suit. Les titulaires ont tout intérêt à réclamer une rémunération à la hauteur, et à s’équiper des outils permettant de mesurer précisément la rentabilité de chaque mission avant de la généraliser.

La question n’est pas de savoir si la mesure de tension est utile. Elle l’est. La vraie question : à quel prix, et pour quel retour ?

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